
L’expression du jour : Jouer les Cassandre
Ce matin, aux infos, j’ai entendu l’expression « Arrêtez de jouer les Cassandre ! » Voilà une expression que l’on entend parfois dans certains débats politiques ou même dans la vie professionnelle. J’aime bien cette expression !
Alors, je me suis dit que ce serait bien de lui redonner du sens et son sens, car elle est souvent mal utilisée.
« Jouer les Cassandre » : qu’est-ce que ça veut dire, exactement ?
Cette expression signifie :
✔️ prévoir une catastrophe ou annoncer un danger,
✔️ mais ne pas être cru.
Et les faits finissent par donner raison, mais trop tard.
Donc, « jouer les Cassandre », ce n’est pas juste faire peur.
C’est alerter sur un réel danger, mais déranger, donc être écarté, moqué, ignoré.
De nos jours, on l’utilise donc pour parler d’une personne qui prévoit un problème, avertit, met en garde… mais que l’on accuse de dramatiser. Ça te parle ? Lol !
Toutefois, le mot est souvent mal utilisé. Être une Cassandre, ce n’est pas être pessimiste. C’est avoir raison avant les autres, mais dans l’indifférence générale (ou presque).
Quelle en est l’origine ?
Dans la mythologie grecque, Cassandre est la fille du roi Priam et de la reine Hécube. Elle vit à Troie, cette ville assiégée pendant dix ans par les Grecs.
Dotée d’une grande beauté, Cassandre attire l’attention du dieu Apollon, qui lui offre un don rare : celui de prédire l’avenir.
Mais, Cassandre refuse de se donner à lui. Humilié, Apollon ne lui reprend pas son don. Il préfère le saboter : elle verra toujours juste, mais plus personne ne la croira.
Résultat ? Elle prévoit l’entrée du cheval de Troie, elle sait que la ville va tomber… et ses avertissements passent pour des divagations. On l’accuse de folie. On l’ignore, jusqu’au désastre.
Une figure tragique, mais toujours d’actualité
« Jouer les Cassandre », c’est donc annoncer une mauvaise nouvelle ou un danger, sans être cru.
Le mot s’emploie souvent pour parler de ceux qui préviennent les autres… mais qui dérangent parce qu’ils remettent en cause un confort ou des certitudes.
On les soupçonne d’exagérer. On les accuse de semer la panique. Puis, quand les faits leur donnent raison, il est trop tard.
Des exemples ?
- En janvier 2020, des médecins chinois ont tenté d’alerter sur un nouveau virus inconnu. On les a d’abord réduits au silence. Certains ont même été arrêtés. Quelques semaines plus tard, le monde entier entrait en confinement.
- Avant l’explosion de l’usine AZF à Toulouse (2001), plusieurs salariés avaient signalé des problèmes de sécurité. Leurs signalements n’ont pas été pris au sérieux. Résultat : 31 morts, des milliers de blessés.
- Des médecins comme Irène Frachon ont dénoncé les effets secondaires du Mediator dès les années 2000.
On les a ignorés, parfois méprisés. Le scandale n’a éclaté publiquement qu’en 2009.
Être une Cassandre aujourd’hui, à quoi ça ressemble ?
C’est alerter sur les dérives possibles de l’intelligence artificielle, la surveillance numérique, les tensions politiques, les effets du climat ou encore certaines habitudes de consommation…
C’est alerter sur ce qui pourrait mal tourner, même si rien n’est encore certain.
C’est pointer du doigt des failles, des signaux faibles, ou des scénarios qu’on juge trop extrêmes… jusqu’à ce qu’ils deviennent, parfois, réalité.
Autrement dit : les Cassandre d’aujourd’hui ne manquent pas, mais elles dérangent toujours autant.
Des exemples, il y en a beaucoup. Mais, l’objectif ici n’est pas de lancer des polémiques.
Pourquoi cette expression mérite d’être redécouverte
L’expression « Jouer les Cassandre » est souvent lancée de façon péjorative.
Toutefois, n’oublions pas : Cassandre n’était pas une pessimiste : elle était lucide.
Sa tragédie ne vient pas de ses paroles, mais du refus des autres d’en tenir compte.
Réhabiliter cette expression, c’est rappeler qu’il faut du courage pour parler quand tout le monde se tait. Et que voir juste trop tôt, c’est souvent porter une solitude bien plus lourde que l’erreur.
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